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5月18日 Devoir de mémoire ?J'ai soixante dix ans... ceci pour vous dire que j'avais en 1943, à la libération de la Corse quatre ans voire l'âge de me souvenir avec intensité m'être tenu auprès de ma mère en pleurs à la fenêtre de notre pauvre maison. Dans la montagne -u Pintonu- en face de nous nous pouvions voir les hommes du village fuyant dans le maquis, poursuivis par la soldatesque fasciste. Sur la place, sur le plateau d'un camion militaire, une dizaine d'otages attendaient debout ; des gens que je connaissais. Ce souvenir périra avec moi... ce souvenir et ce sentiment de devoir à tous ces gens qui ont lutté dans ces temps de cauchemar pour notre liberté. Ce matin sur France Inter Robert Guédiguian présentait son film consacré à ceux du groupe Manouchian. L'animateur nous a donné à entendre, à un moment, un passage de l'Affiche rouge -strophes pour se souvenir, d'Aragon- chantée par Léo Ferré. Ma tendre et chère avait du mal à retenir ses larmes. J'ai eu du mal à éviter... on est comme ça chez nous... ne riez pas. Pour finir tout cela m'a incité à mettre sur mon blog cette photo où figure Danièle Casanova, récemment élevée au rang des héros nationaux. Je ne vous cacherai pas que cela me venge des gesticulations nationalistes qui ont fait tellement de mal. A ma connaissance, de tous ces jeunes gens -cela me cause un sentiment curieux d'être redevable à des gens dont j'aurais l'âge d'être grand père, à l'âge qu'ils avaient à cette date- sur la photo n'ont survécu à la guerre que Maurice Choury qui a contribué à l'organisation de la résistance en Corse et Albert Ouzoulias. Mon rappel apparaîtra peut être naïf et déplacé à certains... tant pis pour eux ! Ghjuan' Batistu
La qualité du document laisse à désirer... il a été publié dans les conditions de la presse quotidienne dans le journal l'Humanité et reproduit à partir de mon scanner..
A ma connaissance il n'y a eu pour survivre à la grande tragédie qu'Albert Ouzoulias, organisateur des Bataillons de la jeunesse et Maurice Choury qui contribuera à la résistance en Corse. 5月4日 En fouinant du coté de MachadoRetour de Bourgogne... air frais... mais la cave est toujours à la même température et que dire de son odeur... de cave ,bien sûr. Vous aurez compris que je vous parle d'un pays dangereux qui appelle au bien vivre et à la poésie.
Déjà publié sans doute... mais me juge celui qui toujours résiste au petit goût de 'revenez y'
Le poète et la mort
On le vit cheminer seul avec elle, Sans crainte de sa faux. _ Déjà le soleil frappe sur la tour et la tour ; et les marteaux Sur l’enclume, et l’enclume, et l’enclume des forges. Frédéric parlait, Faisant à la mort sa cour et elle écoutait. « Parce qu’hier, dans mes vers, chère compagne résonnait le choc de tes paumes sèches parce qu’hier, dans mes vers, chère compagne et parce que tu donnas à mon chant ton gel et à ma tragédie le fil de ta faux d’argent je te chanterai la chair que tu n’as plus tes yeux absents tes cheveux que le vent secouait et les rouges lèvres où l’on te baisait. Aujourd’hui comme hier, ma mort, belle gitane Ah que l’on se sent bien seul avec toi A respirer l’air de Grenade, ma Grenade »
Antonio Machado qui le dit en rafales de claires castagnettes sur un rythme de zapatéado vengeur. 1月26日 Mon goût pour la poésie, suite et peut être fin... et puis si vous y mettiez aussi c'est ça qui serait bien... j'aime confronter les points de vueDécouvrez Léo Ferré! C’était un Jacques… Lacan. Aura-t-on glosé sur lui, sur sa personnalité, ses écrits, sa quête, son discours ? et pourtant il est le seul a avoir donné en deux lignes une dimension essentielle du phénomène poétique. Il faut bien parler du phénomène en soi en même temps que des phénomènes… Rutebeuf, Apollinaire, Villon, Shakespeare et j’en passe et j’en passe. Donc Jacques Lacan dit quelque part quelque chose comme ‘quand même ces poètes... pour des choses qui tiennent à l’essence humaine, qui troublent en perpétuité hommes et femmes, ils sont toujours les premiers à mettre le doigt dessus, à leur façon bien sûr’.
Vainement ton image arrive à ma rencontre Et ne m’entre où je suis qui seulement la montre Toi te tournant vers moi tu ne saurais trouver Au mur de mon regard que ton ombre rêvée
Je suis ce malheureux comparable aux miroirs Qui peuvent réfléchir mais ne peuvent pas voir Comme eux mon œil est vide et comme eux habité De l’absence de toi qui fait sa cécité Ainsi dit une fois An Nadjdi comme il était invité pour une circoncision.
C’est le ‘Contre chant’ de Louis Aragon qui inspire particulièrement Jacques Lacan. Il s’instaure ici décrypteur mais vous savez cela et que c’est de se sublimer de ce qui advient de cette fausse rencontre que se grandit l’espèce humaine. Je vous sais aussi que si vous aviez oublié –et oui… ça arrive- ce petit poème vous me saurez gré à l’avenir de vous l’avoir remis en mémoire. Ce quatrain en parenthèse pour illustrer à nouveau cette non rencontre et patienter.
D’un tournant ta forme masquée Ton visage dans l’autre sens Ton pas ta voix tout m’est absence Tout m’est un rendez vous manqué
Je noterai –revenant à ‘Contre chant’- pour mon plaisir que sans le codicille le poème n’atteindrait pas pleinement à son effet. An Nadjdi ne ‘parle’ pas comme Zarathoustra ; il dit. Il ne révèle pas une immanence ; il énonce une essence. Arrêtons nous aussi sur le ‘comme’. Eut il dit ‘parce que’ cela aurait été énoncé comme un évènement en soi. ‘Comme’ indique mieux le contexte d’un lieu et d’une culture où la circoncision –castration symbolique- est la pratique obligée conduisant à l’identité. Et oui, nous avons aussi nos petites misères, chères lectrices ! passons… en musique !
De la musique avant toute chose Et pour cela préfère l’impair Sans rien en lui qui pèse ou qui pose
Revenant à ‘Contre chant’, soulignons la maîtrise littéraire -modestie, exigence, symptôme- je ne mise pas sur l’ordre. Ici le texte ondule à sa propre musique. Il est trop lui-même musique pour supporter qu’on lui en accole une. Par contre vous connaissez tant d’autres œuvres où le texte porte tellement une musique qu’elle s’impose et le poème migre en chanson. Voilà le miracle de la poésie, fulgurance… fulgurance sur les objets essentiels de la vie des humains. C’est le point ultime, la limite… intimidante. Je ne saurais me dire poète… trop de choses en ce mot. C’est déjà beau, tout en sachant, de tenter son petit rondeau. Mais poète ! peut se dire celui qui se sent la force de porter en lui même jusqu’à le révéler en un jet chantant le chant du monde. Je relirai Victor Hugo pour m’en faire une conviction. Jean Baptiste 1月22日 Troisième volet de ma série consacrée à mon vécu de la poésieDécouvrez Paco El Lobo! Je suis par le miracle d’Internet en train de faire quelque chose dont je n'aurais jamais rêvé Je suis lu régulièrement par des gens inconnus sans me donner la peine de m'adresser à un éditeur. Et je suis lu sur un sujet qui m’intrigue au plus haut point : l’impact d’un texte sur un lecteur ou un auditeur. Et puis arrive un phénomène inattendu. Je commence à m'approprier l'idée que, quelque illusion qu’on ait d’avoir frayé en tous sens un sujet, nombre de voies sont à découvrir sur lesquelles on ne saurait trouver ses propres traces, et c’est bien le plus intéressant. Voici le troisième des quatre textes que j’ai consacré à mon vécu de la poésie et je suis obligé de vous dire que j’aurais besoin de reprendre ma réflexion après avoir lu quelques textes d’un des bloggeurs de mon réseau qui déambule dans le champ du complexe avec légèreté et fougue. J'y reviendrai sans doute un jour.
Poésie, en elle quelque voix universelle psalmodie « Ecoutez humains… écoutez l’appel de la vie à la vie, de la vie à la mort ; l’appel du précaire individu sous la voûte de l’univers, dans son instant infime à la vastitude, aux siècles des hommes. Ecoutez, je ne suis là que pour faire apparaître ces choses indicibles, frayer par l’ajustement enchantant des paroles l’ombre de ces territoires flous qui se jouent de la connaissance ; inquiéter et subjuguer, éblouir et séduire. Je suis de l’ordre de la fulgurance» et cet écho, entendu, révèle à tout humain son besoin de poésie. Et dans le même temps, poète, quel imposant mot ! sa simple sonorité dans sa solennelle résonance incline à l’humilité. A qui s’écarte de ce sentiment il n’est que de lire ces quelques vers de Machado adressés à Federico Garcia Lorca, martyr du pouvoir au ‘front de taureau’. De poète à poète, de géant à géant. Ecoutez plutôt ! (en vous disant que la langue d’origine n’est pas le français mais l’espagnol… et que dans la traduction rien ne semble se perdre)
Federico parlait Faisant à la mort sa cour et elle écoutait Parce qu’hier dans mes vers chère compagne et parce que tu donnas à mon chant ton gel et à ma tragédie le fil de ta faux d’argent je te chanterai la chair que tu n’as plus tes yeux absents tes cheveux que le vent secouait et les rouges lèvres où l’on te baisait… Aujourd’hui comme hier, ma mort, belle gitane Ah que l’on se sent bien seul avec toi A respirer l’air de Grenade, ma Grenade.
Ecoutez encore ce chant, chantez le à mi voix au creux de votre intimité. Pas de meilleure façon d’écarter mon impuissance à faire entendre ce que je veux dire, de se porter au cœur de la question ‘peut on vivre sans être un tant soit peu poète ?’ tout en maintenant à flot la triste vérité ; n’est pas poète qui veut ! poète… la simple sonorité du nom dans sa solennelle résonance incline à l’humilité. Mais cela ne doit pas nous chagriner. Il est patent que l’exercice nécessite une singulière exigence assortie de modestie et sur le fond relève du symptôme. N’est ce pas, grands Jacques ? le simple écho de la lecture suffit, porte lui-même la musique… ce qui n’est pas tout à fait vrai pour le poète interpellé, Federico Garcia Lorca. Assez curieusement c’est ce qui fait que le texte ne perd pas trop à la traduction en français.
Antonio Torres Heredia Neveu et fils des Camborios Avec une baguette d’osier S’en va à Séville voir les taureaux Basané de lune verte Ses boucles brillent entre ses yeux Là il me semble que résonne un rythme de zapateado, surtout dans la langue d’origine, l’espagnol. Antonio Torres Heredia Hijo y nieto de Camborios Con una vara de mimbre Va a Sevilla à ver los toros Moreno de verde luna Sus cabellos lucen entre sus ojos Ange Perez, qui est un expert, vous en parlerait plus savamment. Pour ma part, je dirais grand merci à monsieur Cherpin, hispanisant et pédagogue passionné du lycée de Khouribga qui me les a enseignés, ce que je n’ai jamais oublié. Je ne résiste pas au plaisir ; écoutez encore :
Rosa fille de Camborios A sa porte assise gémit A la vue de ses deux seins coupés Posés sur un plateau. D’autres filles couraient Par leurs tresses poursuivies Dans un air où éclataient Des roses de poudre noire 1月18日 La gloire de Velasquez... celle de Bacon CE TEXTE, UN PEU LONG, EST POUR CEUX QUI AIMENT L'ART POUR CE QU'IL EST, ARTIFICE MIS EN OEUVRE EN CRITIQUE DE VIVANT.
Le pape –celui là s’appelait Innocent X- appela le peintre… lequel à Rome vint. -Tu feras un portrait de moi… s’il me plaît… s’il est ressemblant… je te donnerai cent mille sequins.
- Cent mille sequins !!! les yeux de l’homme de l’art firent mille tours dans un sens, autant dans l’autre mais ne perdirent pas pour autant la vue. Le peintre vit. Il réfléchit un long moment au bout duquel dit au pape - Cent mille sequins… pour un portrait ressemblant. D’accord ? - D’accord dit le pape - Ressemblant… hein… rien d’autre ? répéta le peintre… - Ressemblant répondit le pape qui étant celui qui, alignant la monnaie, se faisait une idée confuse de ce qu’il voulait et donc ne se rendait pas compte de la difficulté.
Pendant huit jours le peintre se fit l’ombre du pape. Autant qu’il pouvait il était présent. A chaque instant il était là à saisir ce qui dans le pape, ses dires, ses attitudes, ses actes, tout son attirail de grimaces papières pouvait ressembler au pape. Imaginez le travail ! au bout d’un temps que le pape trouva long le peintre dit au pape - si tu y es, j’y suis ! et le pape, qui lui semblait il devait se faire aux façons de faire des artistes répondit - j’y suis aussi ! Le peintre demanda au pape de s’asseoir sur son trône, ce que fit volontiers le pape… les papes, ça aime à faire le pape. Le peintre dit au pape - reste comme ça… mais regarde moi. Le pape s’assit un peu de trois quarts sur son trône et fixa le peintre qui commença à donner quelques coups de crayon. Le pape avait l’air satisfait… ce peintre avait l’air de connaître la chanson. Sa sainteté n’était pas dans un état d’esprit qui lui permettait de saisir une attitude du peintre, pourtant évidente, entre circonspection et inquiétude. Aussi fut il étonné quand le peintre lui dit - non… ce n’est pas ça… ce n’est pas moi que vous devez regarder…
QUI EST ENCORE CONVAINCU DE LA FICTION L'ART POUR L'ART ?
Le pape s’étonna. Un coup ‘tu’ un autre ‘vous’… ce peintre qui semblait au départ savoir exactement ce qu’il voulait donnait maintenant l’impression de se poser des questions. Il se mit de travers, puisque le peintre le lui demandait… attendit un long moment que l’homme de l’art lui donnât d’autres indications mais rien ne vint. Rendez vous fut pris pour le lendemain. Et ainsi pendant huit jours, puis quinze jours, puis un mois entier et il n’y avait sur la toile que les trois traits de fusain qui au départ avaient paru de si bon augure au pape. Au bout d’un laps de temps consacré à des observations qui au pape semblaient ineptes l’artiste dit à son commanditaire - voilà… tu te mets comme on a dit au début et tu me regardes comme tu regardes le peuple de Rome et la chrétienté quand tu leur parles à Noël, à Pâques ou à la saint Glin glin… et ainsi fut fait et ainsi il ne s’en fut que de deux trois séances de pose et trois ou quatre remords légèrement repris en un temps si bref qu’il n’est pas permis d’en parler avant que le peintre ne dise - ça suffit… et, après un soupçon de vernis projeté pour parachever,
appela le pape pour lui montrer le portrait que vous pouvez admirer ici. Le pape fit un bond en arrière…rassura d’un geste vif son bonnet sur son chef, non qu’il récusât le menton un peu lourd, le pli amer de la paupière, la moindre ride du front… mais, de son avis, ça ne pouvait être lui. Il le dit au peintre. - Ce n’est pas moi que tu as fait. - Mais si c’est vous… appelez n’importe qui pour juger… et bien sûr le pape refusa un jugement public alors il fut, sans que cela fut dit, pour tous deux patent que le pape en papauté avait peur du pape peint. La discussion fut courte. Le pape, sauf dédommagement pour le temps perdu plus le dérangement garda ses sequins et le peintre sa croûte qu’il se garda bien de détruire comme promis. Ainsi chacun son dû ! le peintre rentra en Espagne où il fit les portraits bien sentis de quelques nobles bien enchâssés dans leur invétérée noblesse mais moins pertinents que cet Innoncent X si peu innocent.
Et le temps passa, décompté en mois, années puis siècles. Le tableau fut regardé bien des fois par des dizaines et des dizaines de spectateurs… qui voyaient ce que l’artiste voulait bien leur montrer en leur en celant la roche durement luisante de ce regard de pape qui avait en son temps révolu tant fait pour être pape et le jour venu refusa de voir révéler le stigmate sur sa chair de tous ses actes pour accéder à son trône de pape… au bout du compte amère ambition. Le temps passa, dis je jusqu’au jour où le tableau tomba sous le regard d’un autre peintre, quelques siècles plus tard. Bacon n’avait pas de modèle. Il n’avait pour l’inspirer que ce tableau qui n’avait survécu que par miracle… ce tableau qui lui parla tant que cela lui inspira au moins huit œuvres dont vous ne trouverez ici qu’une reproduction, celle que je vous présente et que je pense pouvoir intituler de ma propre autorité ‘LES RIDEAUX SONT TOMBES’. Ainsi on ne saura jamais qui –ou quoi- du sujet ou des tableaux, fut un jour de gloire exécuté. On dira évidemment que là résident le grand pouvoir et la grande gloire des artistes inspirés. Ce peintre là s’appelait Francis Bacon…
sans doute son histoire particulière le rendit il sensible à cette dure expression égarée que le sujet ne put masquer tout au long du temps de sa pose.
1月15日 Un fort goût pour la poésieEncore un petit tour sur la magie de la poésie.
Découvrez Léo Ferré! Ça se met en place, souvent lors d’un incident mineur qui doit jouer dans un infime repli de ma cervelle et qui taille sa route la nuit. Là, c’était au cirque où, avec mon épouse –ma toujours tendre petite chatte pas toujours patte de velours- de bientôt quarante ans de vie commune, nous avons mené dernièrement nos petites filles. Ce n’est pas sur le chemin, la mimine de Lila dans ma paluche avec les soucis essentiels en tête –n’ont-elles pas faim… froid… ne sont elles pas fatiguées ???- mais au cours du premier numéro. Le matériel -une cage de deux cubes définis par des tubes de métal brillants- tournant l’un et l’autre et l’un indépendamment de l’autre. Une jeune fille tirait de cet appareillage –on eut dit d’un univers de basse fosse d’inquisition ou de laboratoire délirant d’un médecin dément- un sentiment de liberté absolue.
De la musique avant toute chose Et pour cela préfère l’Impair Plus vague et plus soluble dans l’air Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.
La demoiselle était belle, habile, pleine d’esprit dans son gestuel expert et –c’est son métier- affichait un exhibitionnisme de bonne foi dispensant sa dose piquante d’érotisme discret. C’est sans doute de ce contraste –oxymoron de situation et de mouvements- que surgissait une espèce de sentiment d’appel à l’envol.
Il faut aussi que tu n’ailles point Choisir tes mots sans quelque méprise : Rien de plus cher que la chanson grise Où l’Imprécis au Précis se joint.
La nuit suivante –c’est toujours comme ça que ça se passe- je me réveillai avec une vision de cages tournantes et d’une jeune fille en émoi… puis s’ensuivit l’insomnie avec son cortège d’impressions, de sentiments qui se succèdent sans apparente évidence et les pensées qui accompagnent le tout et parfois des zestes de vers ou de chansons qui filent au fil du temps dans une espèce de joyeuse exaltation. Je plains les gens qui ne connaissent pas ça. Heureuse insomnie donc qui m’a conduit à Sainte Marthe en compagnie d’Aragon et d’un poème fragmenté parce que délaissé de trop longtemps. Et je sais qu’il est là, le mystère ! que se manifeste dans son intransigeance le besoin ! puisque m’assaillent pour finir les stances légères de l’Art Poétique relu à une heure avancée de la nuit. D’urgence, parce que la poésie m’est de longtemps une interrogation. Alors pourquoi pas l’Art Poétique ? bien sûr, l’Art Poétique de Verlaine. Je l’ai lu et relu, dans la nuit, et en ai dispersé, pour la curiosité du lecteur et couper sa lecture de mon trop long exposé –aïe aïe le spectre de la cuistrerie !- trois strophes dans le corps de mon texte.
Que ton vers soit la bonne aventure Eparse au vent crispé du matin Qui va fleurant la menthe et le thym Et tout le reste est littérature.
Verlaine le dit : la forme n’est pas une question mineure. C’est même par la forme que souvent ça coince. La forme, pour la musique. Rappel : je vous ai proposé, chère lectrice (lecteur) des audios soutenant mon discours dont la grande Catherine Sauvage chantant en particulier Aragon. Un cas sublime où la musique du texte conduit la composition musicale. 1月14日 Un vécu de la poésieCe n'est que ma façon de vivre la poésie. Ne vous étonnez pas que j'appelle Léo Ferré chantant Aragon pour soutenir mon discours
Carence d’oligo éléments, de vitamines, carence de poésie… toujours du mal à dire le besoin impératif de cette exaltation qui me vient de temps en temps, besoin de sens bien sûr, mais comme ce frayage proposé de territoires obscurs, frayage qui nécessite une musique telle que le texte ne supporte que la sienne ou parfois propose l'ajout d’une musique qui s’impose au point qu’il ne doive y avoir impérativement que celle là, n’est ce pas Léo (Ferré bien sûr) ? et alors miracle ça chante en moi, ça se rappelle en moi par son chant devenu intérieur, qui s’impose dans des circonstances imprévues… mais pourquoi ce matin ?
Tout est affaire de décor Changer de lit changer de corps Quand c’est moi-même qui me trahis Et mon ombre se déshabille Dans les bras semblables des filles Où j’ai cru trouver un pays
Pourquoi c’est venu, ce matin, alors que je ne sais quoi avait imposé à mon esprit une image du camp de Sainte Marthe ? Sainte Marthe ! combien de jeunes gens d’il y a plus de quarante ans ont connu le transfert par Sainte Marthe, lieu de regroupement près de Marseille du contingent au départ pour l’Algérie ? qui oserait un poème là-dessus, quelque chose qui appelle ce sentiment de désarroi, de fatalisme devant un proche avenir redouté comme un vertige, inconnu et pourtant si prévisible, qui dise ces moments d’hyperactivité et de violence immanente, raconte ces gugusses qui cavalent dans les allées entre les tables -mouvement brownien exacerbé et tragique- en une exacerbée et perpétuelle urgence de quelque chose à boire, à manger, à dire, à hurler, à montrer ces photos enserrées entre les plis de portefeuilles humides de transpiration et de condensation, photos qui prendront odeur d’une trop longue intimité avec des aisselles, prendront des plis et des zones floues d’être trop regardées, montrées en catimini comme horizons inaccessibles et désirés. Qui dira cet abrutissement propre à ces rassemblements d’hommes sans liberté d’être, cette expérience qui prendrait sens, curieusement nécessaire et sauvage dans la contrainte, la fatigue, les rumeurs, les énervements, les bousculades quand comme par miracle un ordre arrive, les abattements, culs sur les paquetages et dos courbés, têtes dans les mains et coudes calés sur les cuisses quand arrive le contre-ordre ? qui dira ? mais qui dira, puisque tout le monde n’est pas Aragon ?
Découvrez Catherine Sauvage!
On part dieu sait pour où Ça tient du mauvais rêve On se glissera le long de la ligne de feu Quelque part ça commence à n’être plus du jeu Les bonhommes là bas attendent la relève Roule au loin roule train aux dernières lueurs Tes soldats assoupis que ta danse secoue Laissent aller le front et fléchissent le cou Çela sent le tabac la laine et la sueur
Qui me dira ce qui a déclenché en moi ce besoin de musique… moi pour qui ces souvenirs sont si lointains, sinon ce qui a fait écrire à Apollinaire
Sous le pont Mirabeau coule la Seine Et nos amours faut il qu’il m’en souvienne Vienne la nuit sonne l’heure Les jours s’en vont et je demeure
Temps qui passe, sentiment de perte, besoin de mots de rythme pour retrouver sensations sentiments et images, on dirait quelque part d’une carence de poésie telle une carence de vitamines. Il n’y aurait que cela qui aide à ‘tenir’ comme une soupe ‘tient’ au corps du bidasse. 1月7日 Vous présenterai je un quatrain pour la route de nuit ?Un haïku pour introduire ce petit texte
La poésie : un regard sur le feu de la vie
Des mots jouer à trois touches de balle
Puis l'essor...
Jean Baptiste
Maintenant écoutez Omar
Mon coeur m'a dit: "Je veux savoir, je veux connaître !
Instruis-moi, Khayyâm, toi qui as tant travaillé !" J'ai prononcé la première lettre de l'alphabet, et mon cœur m'a dit : "Maintenant, je sais. Un est le premier chiffre du nombre qui ne finit pas..." Omar Kayyam 12月12日 Catherine Sauvage - Special pour les aficionados
En hommage à la grande dame à qui je dois beaucoup de mon goût de notre belle langue je fais ce cadeau à tous les visiteurs de mon blog. 12月1日 Le chant de l'épouseJe n'ai aucune illustration pour accompagner ce texte isolé du "Cantique des cantique'" et injustement intitulé "Le chant de l'épouse". La lectrice -ou le lecteur- se rend immédiatement compte que personne n'épousera cette donzelle qui a voulu accomplir le seul destin - non 'celui que j'aime' mais 'celui que mon coeur aime'- que la femme puisse, quitte à se mettre au ban de la société, revendiquer dans ce monde juif du 6ème siècle AC. J'aimerais, si quelqu'un parmi les visiteurs de ce blog a la référence, savoir comment me procurer un poème de Sapho sur le même thème du désir et qui est de la même époque. L'incipit du texte est -approché- 'jeunes gens qui parlez dans les coins sombres'. Je remercie par avance. JB
Je suis noire Je suis belle, filles de Jérusalem, Comme les tentes de Quédar, Les toiles de Salma. Ne voyez pas mon visage sombre, C’est le soleil qui l’a brûlé. Mes frères se sont emportés contre moi, Ils m’ont faite gardienne de vigne. Ma vigne à moi je ne l’ai pas gardée. Où est tu toi que mon cœur aime ? Où mènes tu paître ton troupeau à midi ? Que je n’erre plus loin de toi Près du troupeau de tes amis. Si tu ne le sais pas, pour toi, la belle parmi les femmes Sort sur les traces des ovins. |
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