En mars 2007, presqu’au crépuscule, instant illuminé, j’étais assise sur le banc circulaire du Park Güell à Barcelone, édifié par Gaudi. Les visiteurs avaient déserté le lieu. Je contemplais l’espace environnant : céramiques aux vives couleurs, structures de pierres délirantes, jardin embroussaillé d’ordre. Hypnotisée par cette magie, j’étais si bien. Je réalisais que ce décor, ce cadre, c’était comme si j’étais dans ma tête, c’était ce qu’il y avaitdans ma tête. Etrange émotion de plénitude, d’éclosion. De retour en Suisse, j’ai osé le voyage avec balbutiement : peindre des cailloux, des bâtons, des pans de bois et enfin des toiles. Fonds de tiroirs, reliquats de peinture mixte, bouts de bois collectés dans la forêt, je récoltais tout ce qui m’attirait. Devant chaque toile blanche, instant de plaisir, je commençais sans savoir ce que je formerais. Juste une vague idée et la fantaisie survenait : une couleur, un bout de papier déchiré, un autre découpé, du sable, de la colle, pinceaux et peinture. Le rond sur chaque toile est inspiré par un récit que raconte Carl Gustav Jung : Il a rencontré un vieil indien qui lui disait garder le soleil avant l’aube et le crépuscule. C’était son rôle, sa tâche, un rite sacré : accompagner le soleil à son lever et à son coucher. Il savait bien que le soleil allait se lever, mais ce rite m’a émue et est ancré dans mon âme.(Le renard apprenait au Petit Prince: „Si tu viens n’importe quand, je ne sauraijamais à quelle heure m’habiller le coeur… il faut des rites.”) Cet indien refusait notre empirisme civilisé, policé, ne le comprenait pas (ou ne voulait pas). Voici quelquesraisons pour lesquelles je crée mes toiles chamarrées, imagées.